Self-image: Qui sommes-nous? - kulturissimo

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Self-image: Qui sommes-nous? - kulturissimo
N° 175 14 février 2019
                                         Paraît le deuxième jeudi
                                                   du mois dans

                          Self-image:
                      Qui sommes-nous?
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2                                                                                                         ommaire                   ditorial                                                    N°175

                                                                                                  3:          tor                  So

                                                                                       Accent aigu: Self-image: Qui sommes-nous?
                                                                                             4, 5:     S e e                    er             F r esse                   r    ke       ss
                                                                                                        esuer t               os e           rthe ser
                                                                                             6, 7:        ro u ts e os h sto res                        u so         es       ous
                                                                                                            che ecker
                                                                                             8, 9:     Soc t et e t t : tre et                            r er u u e                our
                                                                                                        Fr ck o otte
                                                                                          10,11:               e tt se    t rt s                   u        e est u            utre
                                                                                                          e      Sorre te
                                                                                               12:        h res uest o s et                    r        t o s r tu tes
                                                                                                           o orrh    e Se                           e      u e      er

                                                                                       Théâtre:
                                                                                               13:        hro           ues    r s e es    ers o                         es co es               r
  itation du mois                                                                                                   c          e     ot e sc e

    e dialo ue rita le                                                                 Musiques:
                                                                                         14, 15:               :        eset       u e       our o the                             u       uchs
su ose la
re onnaissan e de l autre                                                              Beaux-arts:
   la ois dans son identit                                                               16, 17:                 s          rt co te         or           u e   our
                                                                                                               s et            tes e         rt e         r co u h
et dans son alt rit
(Proverbe africain)                                                                    Ici et ailleurs:
                                                                                               19:        et e           ss sche skuss o e Fe                             s us
                                                                                                           to            s us o er   s    r r                              he
                                                                                         20, 21:           er the st er s er                        sst        ru         us
                                                                                                          Fr k erte es
                                                                                         22, 23:          er e eru                  es er or erte St tes
                                                                                                          u e     e                   e  t e     e os ke t                              ro            ss
                                                                                         24, 25:        o e e                                           o e ce se ue e                 e u
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                                                                                         26, 27:              et e r te                  :     e           e             reu es our
                                                                                                               r ce r k s                     ks
                                                                                               28:        r                   ot                    e Foto r              u            s        eer
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Impressum:                                                                             Retour sur image
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Editeur: Editpress Luxembourg S.A.
Coordination générale: Alvin Sold; Coordination technique: Coryse Koch, Tania Oswald
Coordination extérieure: Ian De Toffoli, Ariel Wagner
Toute correspondance est à adresser exclusivement à kulturissimo@editpress.lu
Supplément du Tageblatt du 14 février 2019
Site internet: http://www.kulturissimo.lu
Self-image: Qui sommes-nous? - kulturissimo
Sommaire - Editorial                                   N°175     3

                                             Alvin Sold

        Le Luxembourg,
       un labo politique
  C
           ôté Belair, près de la place de          sains, éthiquement indéfendables. Les guerres
           France (n’allez pas l’imaginer           conduites au nom de la Nation, que ce soit
           grande et belle si vous ne la            pour sa gloire ou son Lebensraum, sont là pour
           connaissez pas), il est une petite rue   rappeler jusqu’où les convictions basées sur la
           dénommée Jean Bertels.                   puissance, la suprématie nationale peuvent
           Jean Bertels? – „PREMIER HISTO-          conduire.
RIEN NATIONAL, 1544-1607“, précise, en let-
tres majuscules, la plaque.                         Evidemment, un pays minuscule comme le
                                                    Luxembourg dans sa configuration territoriale
Ah! Ioannes Bertelius Grundius, né à Louvain        actuelle ne constitue aucun danger pour ses
dans le Brabant, l’illustre bénédictin, abbé        voisins. Nous n’allons pas, parce que plus ri-
d’abord de Neumunster puis d’Echternach, a en       ches que les autres, les attaquer, soumettre, as-
effet écrit la première Historia Luxemburgensis,    servir, exploiter ...
publiée en 1595. C’est sans doute à juste titre
qu’on l’élève au rang du premier historien          Mais ne constatons-nous pas, en examinant
luxembourgeois, car il a décrit et même dessiné     sans parti pris la réalité quotidienne, que les
les lieux et les gens de la province du Luxem-      Luxembourgeois ne cherchent pas vraiment à
bourg en les plaçant dans le contexte histori-      dépasser la notion de „nation“, pourtant ancrée
que. Mais pourquoi l’affubler d’un qualificatif     dans un temps révolu?
discutable, „national“?
                                                    Il est vrai que l’évolution démographique, qui
Depuis Gilbert Trausch, il est admis que l’Etat     est en passe de mettre en minorité les Luxem-
luxembourgeois, créé par les grandes puissan-       bourgeois (non par rapport aux Portugais, aux
ces au 19e siècle, rassemblait une population       Français, aux Belges, aux Italiens, mais par rap-
qui n’avait pas (encore) de sentiments natio-       port à tous les étrangers réunis), est unique en
naux. Depuis des siècles, la province dite de       Europe. La crainte de subir un jour la loi des
Luxembourg était intégrée dans des empires          immigrés suscite parfois des réflexes de rejet
changeants, et les gens s’en accommodaient          certes compréhensibles, mais injustifiables poli-
tant que la paix et le droit traditionnel étaient   tiquement. Il faut donc apprendre à les maîtri-
préservés.                                          ser en imaginant, courageusement, le pays tel
                                                    qu’il pourra s’épanouir à long terme.
„Nation“, nous le sommes devenus peu à peu
parce que le principe des nationalités devint la    Au coeur de l’Europe, nous sommes appelés à
règle dans la foulée de la Révolution française     devenir des Européens, les premiers du genre
de 1789 et la restructuration de l’Europe politi-   peut-être. Le Luxembourg est aujourd’hui un
que de 1815. Bertels ne pouvait, à son époque,      laboratoire qui peut faire avancer la vie politi-
n’avoir aucune idée de ce que l’on entendrait       que, culturelle et sociale. Soyons à la hauteur!
un jour par le mot „national“, lequel connaît,
malheureusement, des emplois abusifs qui
conduisent tout droit aux nationalismes mal-                                              Alvin Sold
Self-image: Qui sommes-nous? - kulturissimo
Accent aigu                                     N°175

                     Ce que lSpieglein an der Wand’an 2018 n’a pas changé

                  ir e en an r n en
                      a ge uergt
                                                            i   e     r ei er

 A
             uch enn es hier nicht um          den? Eine omplexe Frage angesichts un-       Reduzierungen und Pauschalisierungen ei-
             unser Nation Branding geht,       serer Demografie, die noch omplexer da-      nem ol als Ganzem z ar nur relativ ge-
             so haben die orbereitungen        durch ird, dass auch eine leine Nation       recht erden, aber trotzdem den Blic der
             dazu uns doch mit der Frage       nicht aus einer einzigen homogenen           anderen auf uns mitbestimmen, besonders
               onfrontiert,    er   ir als     Gruppe besteht, auch enn sich bestimm-       jener, die uns beurteilen, ohne unseren
               ol , als Nation, eigentlich     te Chara teristi en heraussch len lassen,    Alltag aus eigener Erfahrung zu ennen.
sind. ie sehen ir uns selbst, ie sehen         die man als „typisch ( enn auch nicht un-    Der Blic von au en ann nat rlich auch
uns die anderen, ie refle tieren ir den        bedingt ausschlie lich) luxemburgisch“       positiv sein, ie bei jenen L ndern, die in
Blic der anderen auf uns, und as tut das       bezeichnen ann. Dass es dabei auch           uns eine Sehnsucht er ec en, die ir als
mit der Art, ie ir uns letzten Endes           noch regionale nterschiede gibt, liegt auf   Touristen zu befriedigen versuchen. nd
selbst sehen?                                  der Hand, doch um diese subtileren Nu-       die durch das zeitlich begrenzte Erleben
Die erste Frage, die es dabei zu l ren gilt,   ancen geht es hier nicht. Auch nicht um      unter optimalen Bedingungen noch ver-
ist dieses „ ir“ Sind das nur die alteinge-    die nterschiede, die durch die eigene        st r t erden ann,       hrend sie eine l n-
sessenen Luxemburger oder auch jene mit        Biografie, gesellschaftliche Stellung und    gere Erfahrung unter den gleichen oraus-
einem neuen Pass, sind es ebenfalls die        sonstigen Lebensumst nde entstehen,          setzungen ie die der lo alen Bev l e-
Ausl nder, die hier leben und einen e-         auch enn diese in unser Selbstverst nd-      rung vielleicht nicht berleben    rde.
sentlichen Bestandteil der Bev l erung         nis mit einflie en. Es geht hier, ie ge-       enn ir uns mit unserem Selbst-Image
des Landes ausmachen, und geh ren auch         habt, um das, as man als „typisch luxem-     befassen, m ssen ir uns auch urz mit
die Grenzg nger dazu, deren Beitrag un-        burgisch“ bezeichnen ann, obei man           unserem Nationalmotto auseinanderset-
verzichtbar ist f r unser Sein und      er-    sich be usst bleiben muss, dass solche       zen, das ja im Prinzip unser Selbstver-
Self-image: Qui sommes-nous? - kulturissimo
ent ai u                                  N°175               5
ständnis in einem knappen Satz zusam-          Und es geht uns gut, wir zeigen uns in ent- Risikobereitschaft, sind wir inzwischen
menfassen sollte. Wenn die Häufigkeit des      sprechenden Umfragen als ein eher zufrie-   weit entfernt von der früheren Entmuti-
Gebrauchs einer solchen Formel aus-            denes Volk na ja, sofern wir nicht zu den   gungstaktik à la „Das brauchst du gar
schlaggebend wäre, müsste das Luxembur-        unteren Einkommensschichten gehören.        nicht erst zu versuchen, es wird sowieso
ger Nationalmotto heißen: Fir Iessen an        Und ob wir nun eins der reichsten oder      nichts“. Was uns nicht davon abhält,
Drénken ass gesuergt.                          das reichste Land der Welt sind, ist dabei  trotzdem mit Vorliebe für „eng sécher
                                               unwesentlich, da solche Resultate be-       Plaz“ beim Staat oder einer Gemeinde zu
                                               kanntlich mit dem Berechnungsmodus va-      optieren, falls sich die Möglichkeit bietet.
Permanentes Werden                             riieren und man es sowieso mit Churchills   Selbstgerecht sind wir auch, besonders in
                                               Ausspruch halten sollte, dass man nur je-   der digitalen Anonymität, wo so mancher
Auf jeden Fall ist unser offizielles „Mir      nen Statistiken trauen kann, die man        ehrenwerter Bürger erstaunlich schnell
wëlle bleiwe wat mir sinn“ mit Vorsicht zu     selbst gefälscht hat.                       zum Teil eines gehässigen Mobs mutieren
genießen. Nicht nur weil sich das „mir“,       Das Wohlstandsimage spielt auf jeden Fall   kann. Aber das ist nicht typisch luxembur-
wie eingangs erwähnt, angesichts unserer       eine große Rolle in unserem Selbstver-      gisch.
demografischen Entwicklung, angesichts         ständnis. Wir wollen alles besitzen, uns al-Ziemlich stolz sind wir zu Recht auf unse-
von Europäisierung und Globalisierung          les leisten können, was unsere Konsumge-    re Mehrsprachigkeit, mit der wir im inter-
schwer definieren lässt, aber auch, weil       sellschaft zu bieten hat, und sind uns      nationalen Vergleich gut da stehen, auch
sich dieses Motto, von seinem histori-         meist nicht einmal bewusst, wie extrava-    wenn das Niveau nicht immer so hoch ist,
schen Kontext einmal abgesehen, als nicht      gant unsere Anspruchshaltung ist und wie    wie wir selbst glauben möchten. Auf der
sehr realitätstauglich erweist: Eine Nation,   sehr unsere Selbstverständlichkeiten keine  anderen Seite darf man sich fragen, was es
ein Volk, ist kein stagnierendes Sein, son-    sind. Zum Glück macht uns das nicht         wirklich auf sich hat mit unserer plötzlich
dern ein permanentes Werden, bedingt           blind gegenüber weniger Begünstigten, die   entflammten Liebe zu unserer von Germa-
durch die unzähligen Entscheidungen, die       Luxemburger gelten als großzügige Spen-     nismen und Anglizismen verunzierten
täglich im Kleinen wie im Großen getrof-       der und auch unsere Entwicklungshilfe       Muttersprache, die auch die Parteien sich
fen werden. Und wir wollen auch gar            entspricht dem, was man von einem Land      bei den letzten Nationalwahlen eifrig auf
nicht bleiben, was wir mal waren, was wir      wie dem unsrigen erwarten darf. Tendenz     die Fahnen geschrieben haben. Denn Tat-
gerade sind, wir wollen uns unseren Zu-        steigend.                                   sache bleibt, dass viele von uns sich noch
kunftsvorstellungen annähern, dem Bild         Ein weiterer Aspekt dieses Wohlstands ist   immer nicht dazu aufraffen können, die
von einem modernen, fortschrittlichen          unser Autofetichismus, bei dem man sich     Schreibweise ihrer geliebten Sprache zu
Land, das das enorme Potenzial der auf         doch fragen muss, wie sich unsere zuneh-    erlernen, geschweige denn ein Buch auf
uns zukommenden Entwicklungen zu nut-          mende Vorliebe für schwere Geländewa-       Luxemburgisch zu lesen. Davon abgese-
zen weiß. Luxemburg im 21. Jahrhundert         gen mit unserem ökologischen Gewissen       hen sollten wir uns bewusst sein, dass es
ist nicht vergleichbar, schon gar nicht        und unseren ewig verstopften Straßen ver-   auch von Vorteil ist, wenn man im tägli-
mentalitätsmäßig und gesellschaftspoli-        einbaren lässt.                             chen Leben gezwungen wird, die anderen
tisch, mit dem Luxemburg zur Entste-                                                       Sprachen, die man erlernt hat, zu benut-
hungszeit dieses Mottos.                                                                   zen, schließlich ist gelebte Mehrsprachig-
Liest man nationale und internationale                                                     keit besser als Gehirntraining als das Lö-
Analysen und Kommentare über Luxem-                   Genussfreudig                        sen von Kreuzworträtseln.
burg, fallen ein paar Schlagwörter immer                                                   Mögen wir uns selbst? Ja, kann man wohl
wieder auf: Wohlstand, Banken und Steu-                                                    sagen, denn auch unsere ewigen Minder-
erparadies. Trotz einiger Reformen klebt       Der Luxemburger ist nicht nur ein begeis- wertigkeitskomplexe verhindern nicht ihr
besonders Letzteres fest an uns, und auch      terter Genießer des modernen Konsuman- Gegenteil, Widersprüche sind nun mal
unsere Vorwürfe von Neid und Missgunst         gebots, er ist ein Genießer schlechthin. Er Teil der menschlichen Natur. Man mag
seitens unserer großen Nachbarn können         wohnt gerne schön und gepflegt und vor zwar die Leistungen des Auslands bewun-
nicht davon ablenken, dass diese Beurtei-      allem isst und trinkt er gerne und getreu dern und respektieren, und sich im Ver-
lungen nicht unbegründet sind. So be-          dem im Titel angeführten Motto: Für Es- gleich dazu klein fühlen, aber unser geleb-
schrieb kurz vor Weihnachten Pol Schock        sen und Trinken ist gesorgt, egal ob es ter Wohlstand beweist zugleich, dass wir
im „Tageblatt“ Luxemburg als ein Steuer-       hierbei um ein populäres Fest oder ein ge- so falsch nicht liegen. Und künstlerisch
paradies, als ein Land, das auf Steuerver-     diegenes gesellschaftliches Event geht. und intellektuell können wir auch mithal-
meidung spezialisiert ist: „Man kann noch      Letzteres darf ruhig einen kulturellen ten, auch wenn das angesichts unserer
so viel Gutes tun, nach so viel Nation         Kontext haben, denn seit wir begriffen ha- niedrigen Bevölkerungszahl nicht das glei-
Branding betreiben, noch so oft ein ‚Level     ben, dass sich auch mit Kultur Geld ver- che Gewicht haben kann wie in großen
playing field fordern, es löst den Wider-      dienen lässt, stehen wir der kulturellen Ländern. Doch das internationale Ran-
spruch nicht auf. Luxemburg bleibt ein         Kreativität offener gegenüber, inklusive king der uni.lu beweist, dass da ein Poten-
Steuerparadies ein Profiteur auf Kosten        der angestrebten Professionalisierung.      zial ist, das wir inzwischen umzusetzen
von anderen. Nur die Bekämpfung der Ur-        Unsere Genussfreudigkeit wirkt sich übri- verstehen.
sache wird daran etwas ändern.“ Für ihn        gens auch auf unser Benehmen aus. Wir Trotzdem hat man in anderen Ländern
wählt ein Großteil der Luxemburger Ge-         sind durchaus freundlich, aber auch behä- und besonders Großstädten immer wieder
sellschaft jedoch den Weg des Schweigens.      big, arbeitsam und doch gemütlich, und das Gefühl, dass uns hierzulande etwas
„Niemand will so recht wissen, woher un-       schnell mit unserer Leistung zufrieden. fehlt, auch wenn dieses „etwas“ schwer zu
ser Reichtum stammt. Denn Teile dieser         Letzteres hat wohl mit den bescheidenen definieren ist. Das hat ganz sicher auch
Antwort könnten die Bevölkerung verun-         Dimensionen des Landes zu tun, es ist damit zu tun, dass wir halt so wenige sind,
sichern, die Gesellschaft entzweien. Kol-      einfach, einen bestimmten Bekanntheits- was sich auf die Intensität des Erlebens
lektives Schweigen heißt Tabu. Und das         grad zu erreichen und zwar ohne den ho- auswirkt. Doch es bedeutet gleichzeitig,
Tabu erfüllt die Funktion des gesellschaft-    hen Einsatz, den das in größeren Ländern dass die gesellschaftlichen, sozialen und
lichen Zusammenhalts.“ Unrecht hat er          voraussetzt.                                politischen (inkl. rechtsextreme Tenden-
damit nicht, besonders bei der Überle-         Wir meckern gerne, besonders wenn etwas zen) Probleme weniger ausgeprägt sind
gung, dass diese Steuergeschichte die we-      Neues eingeführt werden soll, doch dank und wir bei ausländischen Investoren mit
nigsten von uns juckt, Hauptsache, es geht     unseres neu entdeckten Innovationswil- unserem sozialen Frieden punkten kön-
uns gut.                                       lens, kombiniert mit unserer ebenso neuen nen.
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Accent aigu                                        N°175

                                                 Produits de nos histoires

                              ui omme nou
                                                             Michel Decker

              ous savons que nous sommes         guerre la plus meurtrière, la plus inhu-        ( 0), le Benelux (11 ), mais également les
              en grande partie le produit de     maine que l’histoire ait connue. Nous vou-      anciens ennemis, l’Italie (11 ), l’Allema-
              notre environnement social,        lons parler du plan Marshall, ce plan dont      gne (10 ). L’ RSS et les pays de l’Europe
              c.-à-d. de la société dans la-     le nom officiel aux Etats- nis était le Eu-     de l’est n’ont pas participé au plan Mar-
              quelle nous avons grandi et        ropean Recovery Program ou ERP. Nous            shall pour, e.a. les raisons suivantes avant
              vécu. Et pour la grande majo-      aimons encore nous référer à ce plan Mar-       le plan Marshall, il existait du côté améri-
rité d’entre nous, cette société est celle       shall quand il s’agit de résoudre des pro-      cain un autre plan pour l’Allemagne
d’après guerre, donc depuis 1945, l’année        blèmes économiques d’une extrême gra-           d’après guerre, le plan Morgenthau, du
de libération par les Américains. Ces sol-       vité, comme p. ex. pour l’Afrique, pour le      nom du ministre des finances S de l’épo-
dats américains qui ont distribué à nos pa-      Proche-Orient ou même pour la Grèce.            que. Ce plan prévoyait, afin d’enlever à
rents des che ing-gums, du chocolat et           Encore faudrait-il savoir ce qu’était au        l’Allemagne tout nouvelle possibilité
des cigarettes. Ce cadre festif était com-       juste ce fameux ERP ou plan Marshall. Et        d’agression, de démanteler toute son in-
plété par la musique jazz, les robes légères     c’est à ce sujet qu’un film documentaire,       dustrie lourde et d’en faire un état plutôt
et les bas nylons. Leur commandant en            montré à la télé publique allemande en          agricole. Le plan était accepté par Roose-
chef des armées s’appelait Eisenho er, ce          018 et début 019, nous fournit des infor-     velt et Churchill en septembre 1944. For-
que pour notre grand-père devenait „Prei-        mations surprenantes (1). Dans ce docu-         tement critiqué, notamment par les indus-
senhauer“ surnom facile à retenir. Ces           mentaire, le professeur erner Abelshau-         triels, le plan Morgenthau finit par être
souvenirs sont restés ancrés dans la mé-         ser, après des recherches dans les archives     abandonné en septembre 1946, et définiti-
moire collective et ont conditionné notre        à    ashington, peut affirmer que pas un        vement répudié en juillet 1947. Staline
rapport avec nos libérateurs, et sous-en-        seul dollar n’a été transféré vers l’Allema-    était plutôt en faveur du plan Morgenthau
tendu, avec les vainqueurs du fascisme al-       gne dans le cadre du plan Marshall. Pour        pour des raisons bien compréhensibles. La
lemand. Il est vrai que les victimes de la       d’autres pays européens, il y a cependant       Russie avait de loin le plus souffert des
guerre du côté anglo-saxon s’élèvent à           bien eu des transferts d’argent.                agressions allemandes au cours du          e
près d’un million, chiffre énorme. ue les                                                        siècle et un désarmement allemand ne
victimes du côté de l’allié soviétique s’élè-                                                    pouvait que la rassurer. Ensuite, le dé-
vent à 7 millions est une autre histoire et           Le plan             ar       all           montage des industries lourdes alleman-
n’intéressait pas à l’époque, car l’allié so-                                                    des devait constituer une partie des répa-
viétique était vite devenu le rival des alliés   Il est bon de savoir que le plan Marshall       rations de guerre mises sur la table par
occidentaux ( SA, GB, F), puis l’adver-          intervient plus de trois ans après les pre-     Staline et acceptées par ses alliés. uand
saire, pour enfin terminer ennemi. On            mières distributions de chocolat au             le plan Marshall fut présenté, avec un rôle
peut laisser avec un sourire ces gestes de       Luxembourg (septembre 1944). En effet,          de partenaire junior pour l’ RSS, Staline
bonhommie que constituent les distribu-          c’est en juin 1947 que le ministre des affai-   n’était pas enchanté et refusait ce change-
tions de chocolats, de che ing-gums et de        res étrangères S, George Marshall, an-          ment de traitement de l’Allemagne. Sur-
cigarettes et se référer à un programme          nonce dans un discours à l’université de        tout qu’il devenait évident que l’Allema-
économique officiel beaucoup plus consé-         Harvard „The role of this country should        gne n’allait plus jouer le rôle de cet en-
quent et qui devait permettre à l’Europe         consist of friendly aid in the drafting of a    nemi vaincu qui avait mis l’Europe à feu et
de se remettre des catastrophes de la            european program and of later support of        à sang pendant cinq ans, y compris les gé-
                                                 such a program so far as it may be practi-      nocides des populations juives, Rrom et
                                                 cal for us to do so.“ Si vous cherchez dans     slaves. L’Allemagne allait devenir mainte-
                                                 le grand     ebster ce que signifie le mot      nant un partenaire économique de tout
                                                 practical, vous trouverez une dizaine de        premier plan pour les vainqueurs occiden-
                                                 significations. Au choix, donc! Dix mois        taux.
                                                 plus tard, en avril 1948, le congrès améri-
                                                 cain donnait son accord pour le finance-
                                                 ment de ce programme. Il s’agissait du                  irt       at          under
                                                 montant impressionnant de 1 milliards
                                                 de dollars (1 0 milliards en valeur d’au-       Le plan Marshall aurait permis la remise
                                                 jourd’hui) pour 16 pays de l’Europe de          sur pied de l’Allemagne après guerre et en
                                                 l’ouest, ainsi que des matières premières.      parallèle celle de toute l’Europe occiden-
                                                 Si cependant on avait l’idée de comparer        tale. Or, nous apprenons dans le film do-
                                                 les 1 0 milliards de plan Marshall aux          cumentaire mentionné (1) que les destruc-
                                                 sommes mobilisées par les Etats- nis            tions en Allemagne avaient touché dans
                                                 pour sauver son secteur financier après la      une moindre mesure l’industrie du pays.
                                                 crise de 008 (700 milliards), le plan Mar-      En effet, en 1945, le potentiel industriel al-
                                                 shall représente moins de 0         de cette    lemand était 1 0 du potentiel de 19 6
                                                 action de sauvetage de la all Street. ui        et les produits allemands étaient deman-
                                                 a alors reçu de l’argent du ERP? D’abord        dés de par le monde. La famine, quant à
                                                 et surtout les alliés les plus proches, à sa-   elle, était en 1945 et 1946 au moins aussi
          Sigle du plan Marshall                 voir la Grande-Bretagne ( 5 ), la France        grave qu’en 1947 et suivantes. Or, dans le
Self-image: Qui sommes-nous? - kulturissimo
ent ai u                                    N°175                7

                          Chèvres grecques empêtrées dans leurs jambes ligotées (photo Michel Decker)

cadre du plan Marshall, les USA livrent à          moyens du plan Marshall n a pas connu le        sur le point de commencer une gu re ab-
l Allemagne, donc à partir de 1         , essen-   m me phénom ne de relance u a connu             surde contre la Russie, ancien allié et vrai
tiellement du tabac et du coton, et cela           l Allemagne. Ce ui a remis en marche            vain ueur de l Allemagne de Hitler. Avec
pour          de la valeur totale de l aide ac-    l économie allemande était la réforme mo-       une Gr ce ui attend toujours les dédom-
cordée. Ceci constituait manifestement             nétaire et l introduction de la Deutsch         magements des terribles dég ts de guerre
plut t un financement de l agriculture             Mark. Au printemps 1        , des billets de    causés par les troupes allemandes. Cette
américaine. Les produits livrés par le plan        DM étaient importés des USA et le 2             dette est chiffrée à un montant de l ordre
Marshall, donc surtout le tabac et le co-          juin, tous les Allemands de l ouest obte-       de 2     milliards EUR (variable en fonc-
ton, étaient achetés par les entreprises al-       naient comme fonds de départ la somme           tion de la méthode de calcul adoptée).
lemandes        ui versaient l argent en           de     DM. Suite à cette réforme, les maga-     L Allemagne a bien pu profiter d une ré-
Deutsch Mark à une ban ue spécialement             sins se remplissaient du jour au lendemain      duction massive de           de ses dettes
créée pour la reconstruction, la Kredie-           et une vie normale pouvait se développer.       d apr s guerre lors de la conférence de
tanstalt für Wiederaufbau, connue au-              La zone d occupation soviéti ue a eu sa         Londres en 1       . La Gr ce, de son c té,
jourd hui encore comme KfW, avec si ge à           nouvelle monnaie peu de temps apr s et          est en droit de réclamer des dédommage-
Francfort. Cet argent déposé à la KfW ser-         en mai 1       , les deux Etats allemands       ments, la communauté internationale est
vait effectivement à financer la reconstruc-       étaient créés.                                  d accord là-dessus, mais seulement au mo-
tion en Allemagne, notamment l approvi-                                                            ment de la signature du traité de paix final
sionnement en énergie, des logements et                                                            avec l Allemagne unifiée. Comme l Alle-
des industries. Les produits américains                Les vrais objectifs                         magne a trouvé malin d appeler ce traité
n étaient d ailleurs pas cadeau l Allema-                                                          final, non pas traité de paix, mais traité
gne a remboursé ces fournitures dans les           Les USA ont décidé, avec le plan Mar-           2 , la pauvre Gr ce devra probablement
années       , en dollars. D ailleurs, dit le      shall, de réintégrer l Allemagne dans une       attendre jus u aux calendes grec ues
film, les prix demandés par les USA pour           Europe de l ouest selon le mod le améri-        avant de voir cette grande Allemagne
cette „aide“ étaient tels ue les entrepre-         cain. Cela constituait un signal au rival so-   payer ses dettes datant de la deuxi me
neurs allemands pouvaient s approvision-           viéti ue. L Allemagne devait donc sortir        guerre mondiale. Et les Etats-Unis ont
ner en coton à meilleur prix en Egypte.            au plus vite de la mis re de pays vaincu.       protégé d s le début l Allemagne de l ouest
Pour éviter cet affront, le ministre Ludwig           ue cela n était possible u en permettant     contre ces obligations de dédommage-
Erhard a d subventionner les achats des            le retour au pouvoir d une majorité de cri-     ment, ce ui leur procure un formidable
produits américains. L aide américaine ap-         minels nazis était secondaire. Et l évolu-      moyen de pression sur l Allemagne, en
portée aux anciens ennemis allemands               tion vers une Europe occidentale unie           toute circonstance. Car les Etats-Unis
consistait manifestement en autre chose.           était ainsi en marche. En mai 1     , Robert    pourraient bien un jour se souvenir ue
D abord, les Américains ont réduit forte-          Schuman a annoncé la collaboration entre        l Allemagne, si puissante de nos jours, a
ment les réparations à payer par l Allema-         la France et l Allemagne dans les secteurs      encore plein de dettes à régler de par l Eu-
gne ils ont réduit les démontages conve-           de l industrie lourde. De là est né en 1 1,     rope, et notamment en Gr ce.
nus des industries à         , puis, en 1     ,à   à Paris, la Communauté européenne du            Les lecteurs, luxembourgeois ou autres,
      . Ils ont défendu aux alliés fran ais de     charbon et de l acier, bien connue sous           ui sortent de cette lecture irrités, parce
se servir, en guise de dédommagements,             l abréviation de CECA. Six ans apr s le           ue le présent texte ne confirme pas le
de la production courante en Allemagne.            traité de Paris est née la Communauté           narratif habituel, ont pu découvrir un des
En échange, la France a re u des fonds du          économi ue européenne ou CEE. C était           aspects de leur personnalité ui fait u ils
plan Marshall. Est-ce ue le plan Marshall          l aboutissement des objectifs du plan Mar-      sont aujourd hui ce u ils sont.
a été la cause du miracle économi ue alle-         shall. Avec comme résultat ue l Europe,         (1) Die wahre Geschichte des Marshall-
mand? Sans doute non, car le Royaume-              de nos jours, est à nouveau dominée par         Plans – Mythos oder Masterplan, dispo-
Uni ui a obtenu largement plus de                  l Allemagne, et les pays de l TAN sont          nible sur YouTube.
Self-image: Qui sommes-nous? - kulturissimo
ent ai u                                    N°175

                                                          o i t et identit

                                tre et ar er
                              a L e bo r
                                                               r    ck      l    e

            luriethni ue, multi-                                                                                etc.), d o la nécessité de
            lingue, multicultu-                                                                                 mettre en jeu „une forme
            rel, le Grand-Duché                                                                                 spécifi ue de compétence
            de       Luxembourg                                                                                 de communication“           la
            constitue, de fa on                                                                                 principale      manifestation
            générale, un espace                                                                                 chez l individu consistant
de proximité géographi ue, hu-                                                                                  en l alternance codi ue.
maine et sociolinguisti ue.                                                                                     Par ailleurs, le multilinguis-
L ADN luxembourgeois, com-                                                                                      me du Luxembourg est le
me celui de nombreux pays                                                                                       fait de sa position géopoliti-
d Europe et d ailleurs, est hy-                                                                                   ue et de son histoire.
bride, fragmentaire, tissé (à                                                                                   Dans le passé, l on se réfé-
l instar d un produit textile ou                                                                                rait avant tout à deux
d un texte littéraire dont les ra-                                                                              langues, surtout présentes
mifications sont nombreuses et                                                                                  dans la communication
variées). En raison des vagues                                                                                  écrite : l allemand et le
d immigration successives et de                                                                                 fran ais. Ce n est en effet
sa taille (comparable à celle                                                                                     u en 1        ue le luxem-
d un département fran ais), le                                                                                  bourgeois a été promu au
Luxembourg, par le biais du                                                                                     rang de langue nationale.
brassage pluridimensionnel ui                                                                                   cela s ajoute le fait ue, du-
s y op re, crée, tant du point                                                                                  rant ces trente derni res
de vue linguisti ue u identi-                                                                                   années, la situation linguis-
taire, un espace poly-substrati-                                                                                ti ue du Luxembourg a
  ue nécessitant, pour les au-                                                                                  beaucoup évolué en raison
tochtones comme pour les                                                                                        des mouvements migratoi-
(non-)résidents, l effort d un                                                                                  res de plus en plus impor-
mouvement de balancier com-                                                                                     tants. Comptant plus de
binant forces centrip tes de re-                                                                                   2       habitants en avril
centrement et forces centrifu-                                                                                  2 1 , le Grand-Duché, se-
ges de décentrement (par rap-                                                                                   lon le STATEC, est consti-
port à soi et à autrui) en vue de                                                                               tué d une population dont
trouver un é uilibre et une                                                                                        ,      sont de nationalité
identité propre. Un tel proces-                                                                                 étrang re (pour 2,1        de
sus s av re-t-il tre fécond ou                                                                                  Luxembourgeois) : „le flot
castrateur ?                                                                                                    migratoire a eu raison d un
S agissant de la situation lin-                                                                                 mutisme d antan recro ue-
                                                 ail du a leau es e          iselles d   ign n
guisti ue du Grand-Duché de                                                                                     villé sur uel ues langues.
                                                                 de a l       i ass
Luxembourg, il convient en                                                                                      Les mentalités s ouvrent à
premier lieu de préciser le sens                                                                                l image des fronti res ui
des termes „ multilinguisme “ et „plurilin-       distribution complémentaire est basée sur s effacent. Le village global prend la rel ve
guisme“. Comme l indi ue la linguiste et          une répartition fonctionnelle“, comme par de la tradition agraire et de ses allures cul-
didacticienne Mich le Verdelhan-Bourga-           exemple le Luxembourg et Singapour. La turelles implicites. Les langues cohabitent
de, „le sens du terme multilinguisme était        répartition entre les langues serait souvent et il leur arrive de s interpénétrer“ analyse
identi ue à celui de plurilinguisme en            liée à une échelle de prestige. Le plurilin- Vic Jovanovic dans son „Avant-propos :
1     , mais a été différencié depuis lors. Il    guisme, uant à lui, est la „capacité d un Le renard en soutane“. Indubitablement,
désigne aujourd hui la présence de plu-           individu d employer à bon escient plu- le multilinguisme constitue un atout certes
sieurs langues sur un m me territoirei“. En       sieurs variétés linguisti uesiii“, ce ui con- sur le marché de l emploi, sur le plan éco-
s appuyant sur le dictionnaire de Jean-           forte la dimension psychologi ue déjà en- nomi ue, etc. Mais, dans la perspective
Pierre Cu ii, elle précise également u un-        trevue dans la définition du bilinguisme.      ui est la n tre, force est de constater u il
 cas particulier de multilinguisme semble            n note ensuite ue l utilisation de la fonctionne comme un agent multiplicateur
  tre la polyglossie : „Forme de multilin-        langue est liée à un mod le social et à de des possibilités de rapport à autrui, c est-
guisme sociétal standardisé ui compte au          nombreux facteurs situationnels (statut à-dire, dans la terminologie sartrienne,
moins trois variétés linguisti ues et dont la     des participants, enjeux, types de discours, „l tre-pour-autrui“ en tant           u homme
Self-image: Qui sommes-nous? - kulturissimo
ent ai u                                            N°175

conscient se définissant par rapport aux
autres et entretenant avec eux, gr ce à dif-
férents canaux linguisti ues, une sorte de
communication des consciences individu-
elles sur fond de réciprocité et de tension.

     e tit et i ve tio
           e soi
Ajoutons à cela uel ues réflexions sur la
construction de son rapport à soi et aux
autres dans un tel environnement ue ca-
ractérisent la fragmentation et l éclatement
- pris dans son sens philosophi ue, et plus
précisément sartrien. Dans son acception
générale, „l éclatement“ renvoie à l idée de
brisure, de division voire d explosion.
Chez Jean-Paul Sartre, il désigne le fait de
sortir de soi, d effectuer un mouvement
vers l objet, comme en témoigne le passa-
ge suivant : „La conscience et le monde
sont donnés d un m me coup : extérieur
par essence à la conscience, le monde est,
par essence, relatif à elle. ( ) Conna tre,
c est s éclater vers , s arracher à la moite
intimité gastri ue pour filer, là-bas, par de-
là soi, vers ce ui n est pas soi ( ) tre,
c est éclater dans le mondev, c est partir       d tre écrivain au Grand-Duché, la m me           - et à l épreuve de perte ui est propre à ce
d un néant de monde dans le monde pour           problémati ue est posée : est-ce ue je me        passage entre deux mondes.
soudain s éclater-conscience-dans-le-mon-        définis par mon pays d origine (voire d ac-      Cependant, dans son essai intitulé „L in-
de“. r, ue peut concr tement signifier le        cueil) ou par la langue ue je prati ue           vention de soi. Une théorie de l identité“
concept de „s éclater-conscience-au-Lu-          (pour toutes les raisons imaginables) ? Un       (Paris, Armand Colin, coll. „Individu et
xembourg“, ui permet d tre et de con-            exemple significatif nous a été fourni par       société“, 2      ), Jean-Claude Kaufmann
na tre ?                                         le po te et anthropologue franco-algérien        cherche également à démontrer ue l exis-
Cette épineuse uestion est liée à celle,         Habib Tengour ( ui a récemment lu ses            tence se structure selon deux modalités : la
non moins délicate, de l identité. Selon         textes au TNL), pour ui la langue est le         socialisation pure face à la subjectivité
  uels crit res opératoires définir son iden-    lieu de l identité poéti ue, de m me ue la       hypoth se dite de la „double hélice“. De
tité, a fortiori si nous pressentons u elle      nationalité de la poésie est la nationalité      ce fonctionnement en „double hélicevi“ de
est plurielle, c est-à-dire polymorphi ue et     de l éditeur : en publiant au Grand-Duché        l identité, envisagé à la fois comme phéno-
polysubstrati ue ? Les données froides,          („Le Tatar du Kremlin. BD fin de si cle“,        m ne cherchant la stabilité et processus
factuelles et chiffrées de l administration      éditions PHI, 2 1 ), il devient un écrivain      d invention de soi, découlent deux ca-
( ui renvoie, dans la perspective sartrien-      luxembourgeois (sic)                             ractéristi ues principales du processus
ne, à un „en-soi“, donc à un monde fixe et       Passons enfin à la uestion des origines,         identitaire : l une concerne l ambivalence,
stati ue dans le uel les choses ont une es-        ui s inscrit dans une dialecti ue située         ui fait ue l immigré cherche autant à de-
sence, c est-à-dire une fonction déter-          entre la „double absence“ de Pierre Bour-        meurer identi ue u à s inventer différent
minée) n y suffisent pas. Les origines d un      dieu et la „double hélice“ de Jean-Claude        l autre touche sa dimension „interaction-
individu ainsi ue les langues u il prati-        Kaufmann        problémati ue à la uelle le      niste“, ce ui signifie ue dire „je“ impli-
  ue (m me à des degrés divers) constitu-        Luxembourg confronte ses autochtones               ue penser „nous“. Le fait de passer de la
ent d évidentes clefs afin de répondre à         comme ses résidents. Dans sa préface à           „double absence“ à la „double hélice“ im-
notre uestion. Pour la philosophe et phi-        „La double absence. Des illusions de             pli ue ainsi un état d é uilibre, un métis-
lologue Barbara Cassin (Médaille d r du          l émigré aux souffrances de l immigré de         sage ontologi ue ui constitue le défi plu-
CNRS 2 1          Académie Fran aise), „la       Abelmalek Sayad“ (Paris, Seuil, coll. „Es-       ridimensionnel de toute personne vivant
langue est le lieu de l identité temporaire“.    sais“, 1     ), Pierre Bourdieu (1      -2 2)    au Luxembourg.
Cette dimension „temporaire“ suppose, au         s exprime en ces termes : „Comme Socrate
sein d une mosa ue identitaire, une alter-       selon Platon, l immigré est atopos, sans         i VERDELHAN-B URGADE (Mich le), Plurilinguis-
                                                                                                  me : pluralité des probl mes, pluralité des approches ,
nance comparable à l alternance codi ue          lieu, déplacé, inclassable. Se constitue ain-    Tréma En ligne , 2                  2      : http: trema.revu-
prati uée par tous ceux ui vivent au             si pour lui une „double absence“ non seu-        es.org 2       D I:1 .            trema.2 .
                                                                                                  ii CU     (J.-P.), Dictionnaire de didacti ue du fran ais
Grand-Duché ou du moins ui y sont,               lement à soi comme appartenant à une             lan ue tran re et seconde (initi et diri en tant ue
d une mani re ou d une autre, liés. l in-        terre d accueil ui n est pas enti rement         pr sident de l          D        ), Paris, CLE International,
verse, refuser le multilinguisme signifie        sienne et un lieu d origine ui n est plus        2       en l occurrence, p. 1 .
                                                                                                  iii CU    (J.-P.), op. cit., p. 1 .
préférer son „essence“, c est-à-dire sa défi-    tout à fait sien, ce ui peut conduire à une      iv J VAN VIC (V.),            Avant-propos : Le renard en sou-
nition linguisti ue premi re à son „exis-        sorte de „no man s land“ identitaire dans        tane , yner ies. Pays er anophones, n                 (dossier
                                                                                                      Multilinguisme : enseignement, littératures et cultures
tence“, donc à sa projection dans un mon-        le uel il doit opérer une délicate con-          au Luxembourg coordonné par Marie-Anne Hansen et
de ui ne me définira pas et ne m imprég-         struction de soi. Ainsi envisagée, la migra-     Vic Jovanovic), Avinus Verlag, 2 1 , p. .
                                                                                                  V Sartre (J.-P.), „Situations I. Essais criti ues“, Paris,
nera pas du sceau de la multiplicité. Ainsi      tion peut entra ner une perturbation de la       NRF Gallimard, 1            , p. 2- .
considérée, la langue serait le lieu de          représentation de soi, liée à la fois à la mo-   VI Kaufmann (J.-C.),          in ention de soi. ne th orie de
l identité une et définitive. Par ailleurs,      dification particuli re du lien à l Autre -      l identit , Paris, A. Colin, coll. „Individu et société“,
s agissant de l acte d écrire ou du fait         voire à la défaillance de sa reconnaissance      2     , p. 1 .
Self-image: Qui sommes-nous? - kulturissimo
ent ai u                                     N°175

                                                   D'identités en altérités

                            a                        je est                                           a tre
                                                             Jean Sorrente

              utant ue je m en souvienne,        maine, les autres préfér rent les racines ju-   vient en mémoire u au moment du traité
              c était, je crois, en réaction à   déo-chrétiennes, d autres encore firent de      de Maastricht, on vota une loi ui stipule
              ce u on a nommé, de fa on          la Révolution le berceau du sentiment na-         ue le fran ais est la langue de la Républi-
              bizarre, peut- tre par euphé-      tional. Il y eut de longues et spécieuses         ue. n se dispensa de préciser de uel
              misme, l islamisme radical.        dissertations tant t sur les particularités     fran ais il s agissait, mais le législateur
              M. Sarkozy, président de la        communes permettant la cohésion et la           voyait dans la langue le vrai et seul fonde-
Républi ue, voulant se dresser contre „la        solidarité, tant t sur la dimension spiri-      ment sur le uel b tir un idéal et un destin
tyrannie des minorités“, avait lancé l idée      tuelle du vivre ensemble, tant t sur l ex-      communs. L idée est belle, pourtant
d un grand débat sur l identité fran aise.       ception culturelle. n y entendit tout et        j avoue ue je n en suis pas plus avancé. Je
S il y eut débat, il sombra dans une mémo-       son contraire, mais un consensus sembla         ne suis pas s r de savoir ce ue recouvre
rable cacophonie. Pour tenter de définir           uand m me se former autour de la lan-         de fa on exacte la notion d identité. Faut-
l identité en uestion, on pensa d abord          gue. Une identité pouvait s expli uer à         il s appuyer sur le principe d une identité
nécessaire de la situer dans le temps et         partir de la langue, des idiosyncrasies se      naturelle, comme on parlerait en biologie
d en produire la généalogie. Les uns allé-       déterminer collectivement sur le socle          de synergie? Parle-t-on d identité au sens
gu rent des origines celte, gauloise, ro-        d un idiome. tait-ce suffisant? Il me re-       juridi ue ou se place-t-on dans une pers-
                                                                                                 pective religieuse (soit dit en passant
                                                                                                   u étymologi uement, le terme d identité
                                                                                                 n a rien de métaphysi ue)? Doit-on se
                                                                                                 contenter, comme Renan, de n y voir
                                                                                                   u un „idéal de vie collective“ ou, comme
                                                                                                 Voltaire, de s appuyer sur les m urs?
                                                                                                 Est-ce une uestion d ethnie, de terri-
                                                                                                 toire? Est-il satisfaisant de n envisager
                                                                                                 l identité ue d un point de vue histori ue
                                                                                                     mais le uel?       ou de la considérer
                                                                                                 comme une commodité bureaucrati ue,
                                                                                                 mais uel rapport peut-il y avoir entre la
                                                                                                 biométrie, l ADN, et la personne? Dans
                                                                                                 l Anti uité, l identité d un individu, à
                                                                                                 moins d tre celle d un tre d exception,
                                                                                                 d un héros, n était pertinente u absorbée,
                                                                                                 fondue, dans le corps social. C est la méta-
                                                                                                 phore u utilise Aristote uand il invo ue
                                                                                                 le corps vivant de l tat, l organisme, o la
                                                                                                 partie ne peut exister indépendamment du
                                                                                                 tout. Alors, principe holiste ou simple col-
                                                                                                 lection d individualités? D ailleurs ici
                                                                                                 aussi comment caractériser l individu?
                                                                                                 Doit-on remonter au cogito cartésien ou
                                                                                                 se rabattre sur la mort du sujet chez Mi-
                                                                                                 chel Foucault? u on tourne et retourne
                                                                                                 la uestion, u on multiplie les interpréta-
                                                                                                 tions, u on s enivre de subtilités dialecti-
                                                                                                   ues, on est au rouet, il faut le reconna -
                                                                                                 tre. Peut- tre la philosophie existentialiste
                                                                                                 offre-t-elle     uel ues éclaircissements,
                                                                                                   uand elle affirme ue l existence préc de
                                                                                                 l essence, u on n est uel ue chose ou
                                                                                                   uel u un u au terme de sa vie, u une
                                                                                                 essence mettons une identité peut alors
                                                                                                   tre d écrite, encore la responsabilité de
                                                                                                 cette description échoit-elle aux autres ui
                                                                                                 ont à juger de la personne u on a été.
                                                                                                 Pour uoi pas. Nietzsche se méfiait de l in-
                                                                                                 dividualité, il y voyait la raison m me de
                                                                                                 l esprit grégaire. C est pour uoi l individu
                                                                                                 était ce ui devait tre „surpassé“. Pour en
                                                                                                 revenir à la uestion de l identité, il y a
                       Mi hel     u aul phil s phe                                               d autres écueils. Le chauvinisme ui n est
ent ai u                                      N°175

  u une vulgaire variante du repli sur soi, le   droits, à garantir sa sécurité? Ne s agit-il       u il est dieu, mais surtout u il est une al-
multiculturalisme ui impli ue paradoxa-          pas, comme le formule Emmanuel Levi-             térité irréductible. C est parce u il est
lement la négation de l individualité, le na-    nas, de répondre d autrui: j ai à répondre       l autre en tant u autre u il est mon pro-
tionalisme ui, d apr s René Girard, ne gé-       de l autre, il est mon égal, je suis responsa-   chain, u il me justifie, et u il est la jus-
n re rien d autre ue la rivalité miméti ue       ble de son inviolabilité, ce sont les bases      tice. D s lors il est davantage ue mon
et se transforme invariablement en „mon-         m mes de l éthi ue ue Levinas place au           égal, il me transcende en effet. n peut en
tée aux extr mes“. L on sait les ravages         plus haut. Il condense cette éthi ue dans        déduire, u on tient ainsi son identité de
  ue le nationalisme a faits tout au long des    la séduisante notion de „visage“. L autre,       la bienveillance d autrui. Reconnaissance,
   I e et     e
                si cles: guerres sur guerres,    c est son visage.                                échange, partage, réciprocité, uelle ma-
destructions apocalypti ues, génocides,          Ce n est pas le visage ui méduse et tue,         gnifi ue démonstration d amour, de com-
Shoah. Aujourd hui encore, des groupes           pas davantage le visage u on interdit ou         passion        n comprend         u une telle
appelés identitaires n ont de programme            u on refuse, ce n est pas non plus le vi-      conception fait tout de suite sauter les bar-
  ue celui de la discrimination, de la ségré-    sage du raciste ou encore celui de la re-        ri res, celles des clichés, des préjugés, de
gation, du racisme, de l antisémitisme, du       connaissance faciale. Il s agit du visage        l égo sme, de la haine, de l esprit de lyn-
féminicide. C est toujours l Autre ui est le     dans ce u il a de singulier, d infini, d ab-     chage, de la volonté de puissance et de do-
probl me.       n observe assez vite ue          solument transcendant. Transcendant,             mination. uel ue chose d aussi avilissant
l identité se fait toujours au détriment de      parce ue je ne peux le réduire au „m me“           ue la xénophobie n est plus possible,
l autre, de ce ui n est pas soi, ui est            ue je suis, infini, parce u il me déborde      d aussi dégradant et infamant ue le rejet,
étranger, ui n a pas le m me habitus.            toujours déjà, u il est au-delà, parce           par exemple, des migrants. Mais u on
C était déjà le cas chez les anciens Grecs         u enfin il re uiert la parole, l échange,      songe aux années 1         , au sort réservé à
  uand ils objectivaient le non grec, le bar-    l écoute, le témoignage. La parole, écrit        la Tchécoslova uie, u on se rappelle la
bare, celui ui ne parle pas la m me lan-         Levinas, „annonce l inviolabilité éthi ue        persécution des juifs, la brutale imminence
gue. n objectera ue les Grecs tenaient           d Autrui et, sans aucun relent de numi-          de la guerre, on met en lumi re dans le
l hospitalité pour un devoir et une vertu et     neux, sa sainteté.“ La sainteté d autrui         „visage“ selon Levinas une donnée fonda-
  u ils ont uand m me inventé la démo-           n est pas de l ordre du sacré, il ne s agit      mentale, et ui en est le moteur, c est la li-
cratie. Justement, la bonne démocratie, au       pas de théologie, ni d ontologie, mais in-       berté. Il n y a d authenti ue liberté ue
sens o      on l entend aujourd hui, ne          siste Levinas, d éthi ue. „Le visage, souli-     dans le don et l accueil d autrui. tre libre
consiste-t-elle pas à considérer l autre         gne-t-il, est ce ui nous interdit de tuer.“      avec et depuis l autre, voilà l alpha et
comme son égal, à lui accorder les m mes         C est par-là, si l on y tient, u on peut dire    l oméga de la seule éthi ue désirable.

                                                       ue    e     s   h oso he
ent ai u                                    N°175

                                Chères questions et affirmations gratuites

                 o orr a ie e f i a e
                                                                l   e       er

                  t i a t , connais-toi       pauvres, le revenu moyen élevé, l’immigra-       Qui sommes-nous vraiment? Les chiffres
               toi-même! Mission impor-       tion de HNWI, le rating AAA, la proximité        qui prétendent nous définir se trouvent
               tante, mais impossible?        de la glèbe qui nous lègue un reste d’as-        dans les statistiques. Mais, quel est l’être
                                              tuce, de débrouillardise et de bon sens.         profond enfoui sous les chiffres? Image
              Il semble admis que cha-                                                         floue et mouvante, insaisissable.
              cun se connaît le mieux         Sommes-nous bureaucrates? L’État est le
lui-même. Il est en effet des choses que      principal employeur du pays, employant           Les statistiques sont une sorte de miroirs,
nous essayons de cacher aux autres mais       autant que les sept employeurs suivants          qui selon Jean Cocteau devraient réfléchir
ne pouvons cacher à nous-mêmes.               réunis (Post, CFL, Cactus, ArcelorMittal,        avant de nous renvoyer notre image. Je
                                              Dussmann, BGL, Goodyear).                        trouve que nous devrions réfléchir avant
Cependant, les autres voient chez nous                                                         de nous complaire dans cette image.
des choses dont nous ne sommes pas            Avons-nous des bullshit jobs? Mieux:
conscients et dont nous ne savons pas que     nous avons des ministères où des quanti-         Nous sommes gâtés, et comme tous les gâ-
les autres les voient. Qui est plus près de   tés non négligeables de zombies végètent         tés-pourris du monde, nous sommes per-
la vérité?                                    dans des étages étiquetés cimetières.            suadés de mériter notre chance.

Sommes-nous hypocrites? Autant qu’il          Il y a des décennies, la Ville s’est vu certi-   N’en avons-nous jamais assez? it
faut. Sans hypocrisie, pas de savoir-vivre.   fier quelle pouvait faire l’économie d’un        i r      i t c rti   i      i , exhorte
Sommes-nous cyniques? Autant qu’il faut.      tiers de ses employés sans gêner son fonc-       Horace.
Sans cynisme, pas de sincérité.               tionnement. Elle continua d’embaucher
                                              gaiement.
Le     existe bien en théorie: gram-
maire, lexique, droit. Dans la vie, le
réel est toujours le    . Nous, mais
lequel? Famille, amis, voisins, conci-
toyens?

Les concitoyens. Premier problème:
les 300.000 Luxembourgeois ou les
300.000 non Luxembourgeois, ou les
deux?

300.000 concitoyens sont toujours ré-
pertoriés étrangers, si proches voisins
qu’ils soient, au boulot, au loisir, à
domicile.

Étranger, au fond un vilain mot,
presqu’une insulte. Étranger au
monde? C’est l’idiot. Étranger au
pays? L’étranger au pays n’est pas un
ennemi. Hôte serait plus intelligent et
plus gentil.

Sommes-nous racistes? En bons pri-
mates, nous sommes tribaux, et rares
sont ceux qui voient l’humanité
comme une seule et même tribu.

Partageons-nous? Chaque année,
3.000 personnes acquièrent la natio-
nalité luxembourgeoise. C’est la
même proportion qu’en Suisse, et
deux à trois fois plus qu’en Belgique,
France, Allemagne.

Qu’avons-nous encore en commun
avec les Suisses? La religion finance
qui nous fait vivre de la dette des
tre                                                   N°175

                                                   Chroniques arisiennes

              L i versio es co es
                 ar     ica Li e
                                                               l il e       c lle

                carl t tt r, roman de Na-                                                                      sées. ien ne nous est épargné, c’est drôle
            thaniel Ha thorne, a librement                                                                     et amer, constat de ce que les femmes, ces
            inspiré la dramaturge, metteur                                                                     sorcières éternelles, subissent, l’air de rien,
            en scène et comédienne espa-                                                                       un air de notre époque, fait d’un désir aus-
            gnole, Angélica Liddell, pour                                                                      si plat qu’une recommandation médicale.
            un moment de théâtre pur, une                                                                      Angélica Liddell dénonce notre société, à
performance qui résonne longtemps en                                                                           la froide raison, Paris, aux érudits insensi-
nous, comme un ébranlement des sens et                                                                         bles, cette vie transparente, alors qu’il faut

                                                                                            © Simon Gosselin
de la raison. héâtre total, cruel, à la fois                                                                   les ténèbres du désir pour incarner une
grotesque et tragique, abandon au vertige,                                                                     existence.
Angélica Liddell nous bouscule et nous
met face à notre société, à l’Art, à ses in-
terrogations, avec l’impossibilité de tri-                                                                           es roses e                      ise
cher. Pour certains, qui s’apprêtaient à
passer une soirée tranquille au théâtre, sur                                                                             e ba es
le mode de la représentation béate et con-       dell, en robe noire, à la fa on d’une       i
venue, c’en était trop. Ils partent, mais il y       de Vel zquez, arpente la scène, orches-                    Le poète est toujours un étranger dans un
en a peu. Les autres demeurent, fascinés         tre les mouvements. La comédienne hurle                       monde réglementé. ( ) L’art sera toujours
par cet étrange moment auquel ils partici-       son désespoir, tandis que les pénitents dé-                   transgression car il inverse les règles socia-
pent, par cette incarnation, ces corps, la       voilent leur nudité. Le prêtre, le traître qui                les et fait de l’immoralité une éthique.
nudité sur scène. Ce n’est rien de dire que      a fauté avec Hester, et qui doit également                    Grâce à la force de la poésie, nous trou-
les codes de notre société, ceux de la re-       être puni, erre, de rouge vêtu, le visage                     vons le moyen de travailler avec un espa-
présentation où la femme est instrumenta-        masqué d’un voile. Ces âmes crient leur                       don qui nous transperce le c ur, sans être
lisée, jusque dans l’érotisation quasi per-      désespoir à la face de la société et de son                   morts. Nous trouvons le moyen d’assassi-
manente de son image, sont retournés             hypocrisie puritaine. Moment de bascule,                      ner avec des roses en guise de balles. C’est
comme un gant. De ces codes, on peut di-         nécessaire, les hommes ici sont nus et in-                    là que réside notre générosité: on vous tue
re qu’ils sont obscènes et que nous y som-       strumentalisés, comme le sont encore                          en vous bombardant de fleurs et non de
mes habitués. Lorsque Angélica Liddell           souvent les femmes dans notre univers                         plomb. (Angélica Liddell)
s’en empare, ils sont des oripeaux grotes-       machiste où elles se dandinent on pense                       Dans un théâtre poussé à son paroxysme,
ques qu’il s’agit de regarder en face.           au Lido, au Crazy Horse , parce qu’on                         entre fureur et légèreté, Angélica Liddell
Société puritaine où Hester, qui a fauté         prétend aimer la beauté des femmes. Ici, il                   bouscule la convention et nous libère du
avec un prêtre, est punie et condamnée à         est écrit, en lettres majuscules, F LLE-                      carcan. Depuis le sanctuaire de nos lâche-
porter sur la poitrine la lettre A, première     MEN AM             E SE DES H MMES.                           tés et de notre confort, grâce à cette or-
lettre du mot adultère, mais aussi, et on le     Et pour les femmes qui ont vécu ces                           chestration magistrale de la pulsion de vie,
verra par la suite, première lettre du mot       images d’autres femmes nues et offertes                       Angélica Liddell n’hésite pas à nous offrir
ange                                             aux regards comme une dégradation de                          son propre corps. Nous pouvons, par la
                                                 leur propre corps, soumis, exploité, c’est                    force vive qu’elle nous insuffle jusqu’au
                                                 une douce revanche de voir les spectateurs                    vertige, nous remettre à vivre, grâce à cette
         e tra s ressio                          mâles dans cette même gêne, dans ce res-                      catharsis, cette transe qui nous fait danser
           sa vatrice                            sentiment envers l’image qu’on leur ren-
                                                 voie. Car les postures sont tout aussi offer-
                                                                                                               au bord du précipice. Angélica Liddell se
                                                                                                               met en danger et nous sauve par son exu-
                                                 tes, sans gêne, un bouquet de fleurs dans                     bérance et la vérité qui nous oblige. n
Le péché originel. Adam et Eve sont sur          les fesses, obéissant aux codes de la publi-                  moment d’excès, de pure beauté, de vérité
scène, dans leur nudité et leur beauté in-       cité et du spectacle, selon cet idéal de                      et d’amour       de cet amour tragique fait
nocentes. Puis, transgression absolue pour       beauté qui n’est qu’asservissement. Il est                    également de légèreté et d’éphémère. Cela
qui a connu les processions de la Semaine        assez jubilatoire de les voir en situation in-                s’est passé au héâtre de la Colline.
sainte en Espagne, un cortège de pénitents       confortable.                                                    carl tt     tt r. Ne ratez pas l’occasion
apparaît, en cape longue, coiffés du capi        Hester râle, se venge, hurle son désespoir.                   d’aller vous y frotter, lorsque vous la ver-
r t , cette cagoule au bout pointu utilisée      Et toujours à contre-courant, énonce un                       rez à l’affiche, de par le monde.
également par le u lux lan, au son               portrait à charge de la femme, magnifique                      Je suis un bouquet de douleurs. Le ton-
d’une musique aussi austère que de               texte ravageur, qui donne tous les clichés                    nerre est encore loin mais mes pensées
longues psalmodies. La vision est d’une          de la matrone, du tyran domestique, de                        tremblent déjà. En vigie infatigable, An-
force prodigieuse, dans un écrin de ve-          l’épouse ou de l’amante dominatrice, de                       gélica Liddell nous sauve de nos découra-
lours rouge sang, tandis qu’Angélica Lid-        celle qui ne séduit plus, aux chairs affais-                  gements et de nos désespoirs.
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